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Jacques DUMONT
Professeur de Construction Mécanique
LES ALPILLES, LES HERMES, 13127 VITROLLES
Ce
16 03 2000, je profite du web pour faire connaître aux décideurs
de l'Education Nationale le voeu du modeste et anonyme professeur que
je suis.
PROJET
D'UN VRAI CHANGEMENT DE SOCIETE
En
mai 1994, dans mon Lycée Pierre MENDES FRANCE à Vitrolles, à l'occasion
de la table ronde organisée pour débattre "D'un nouveau contrat pour l'école",
j'ai été amené à évoquer l'idée de partager l'année scolaire en deux cycles
de 4 mois 1/2. Pour des raisons pédagogiques, mais aussi parce que l'organisation
de notre société est gouvernée par le rythme scolaire de nos enfants,
dont l'intérêt est de nous donner plus de flexibilité, de mobilité chez
nous et à l'étranger. Il apparaît que nous sommes le peuple d'Europe le
moins porté à s'expatrier, je développerai ce dernier point à la fin de
cet exposé.
J'imaginai
la répartition des deux cycles aux dates suivantes: du 3 septembre au
15 janvier avec une semaine de congé début novembre et quinze jours à
Noël, et du 25 février au 15 juillet avec une semaine à Pâques plus les
quelques jours fériés habituels de mai et juin.
Quelques personnes se montrèrent très intéressées. J'en restai là, n'ayant
pas bien sûr la naïveté de croire que cette proposition n'avait jamais
été faite auparavant, et tout en sachant que cette idée était dérogeante,
trop radicale, que le moment n'était pas encore venu de la suggérer. Il
fallait que la crise soit encore plus avancée pour proposer un tel bouleversement
des habitudes. Aujourd'hui, 16 03 2000, les grèves m'ont donné
envie de reparler de ce projet.
Mais
ce 1° février 1995 la question revint à mes yeux d'actualité, quand je
suis encore obligé de trainer quatre ou cinq élèves complètement déconnectés
de ce que je fais, et surtout de ce que je ferai dans les prochains mois.
Pourquoi
en sont-ils arrivés là, absentéisme, maladie, problèmes familiaux. Heureusement
pour moi, une paix tacite s'établit entre mes élèves égarés et moi-même.
J'ai pourtant le sentiment qu'ils perdent magistralement leur temps à
partir de janvier et gagneraient à changer de classe, de milieu, et pourquoi
pas d'endroit, pour mieux revenir au bout de six mois, au lieu de se morfondre
et d'attendre la prochaine rentrée scolaire de septembre.
A
mon projet je vois quatre principaux avantages.
1°/ Dans les classes des Premières STI: Sciences et Techniques Industrielles,
il est courant de voir un ou deux élèves apparaître mal orientés, malgré
leur expérience de l'option des Technologies des Systèmes Automatisés
de Seconde TSA. Ils sont alors amenés au deuxième trimestre à demander
un changement d'orientation, pour, par exemple, aller dans l'enseignement
classique, qui bien sûr leur est généralement refusé. Il leur faut attendre
un an et traîner misère là où ils ne veulent plus être. Si l'engagement
n'avait été que de 4 mois 1/2, ils auraient pu revoir leur orientation
bien vite grâce à un deuxième cycle pouvant débuter fin février. De même
passer du classique au technique serait possible en ne perdant que six
mois.
2°/ Le mauvais esprit d'une classe non homogène se trouve brisé bien vite,
et peut-être même avant d'avoir pu naître. Le prochain nouveau cycle redistribue
les élèves avec, si la direction le souhaite, de nouveaux professeurs.
Les redoublants peuvent faire peau neuve dans un nouveau groupe, tout
en revoyant avec plus de chance ce qu'ils ont mal compris précédemment.
Ce sont en quelque sorte des demi-redoublants.
3°/ Un cycle peut être utilisé pour un séjour de 4 à 6 mois ailleurs.
On peut ainsi espérer gagner en maturité: -Pour un séjour dans une école
étrangère ou européenne.
-Pour
une expérience professionnelle.
-Pour
revenir à l'école que l'on a trop vite quittée et reprendre bien vite
ses études.
-Pour
une convalescence un peu longue.
-Ce
qui est vrai pour les élèves, l'est également pour les enseignants qui
souhaitent s'absenter pour une raison personnelle durant 4, ou 6 mois.
4°/ Les élèves ayant planifié leurs six cycles étalés sur sept ou neuf
cycles sortent quand ils le veulent du groupe qu'ils auraient dû suivre
normalement durant trois ans, sans pouvoir y échapper s'ils ne subissent
aucun échec scolaire. Ils connaîtront plus de professeurs, plus d'ambiance
de classes diverses et d'élèves différents. Ils auront acquis plus d'amitiés
dans leur lycée et seront plus indépendants dans leur choix. J'ai toujours
été surpris de découvrir que les jeunes ne se connaissaient pas en dehors
de leur classe et génération.
Ce projet répond aux idées de flexibilité que l'on cherche à nous faire
acquérir, à l'esprit de la formation professionnelle qui enseigne à travers
des modules calculés en heures et non en mois ou en années.
Je ne dirais peut-être pas la même chose pour le Primaire, où il faut
peut-être neuf bons mois d'école pour donner au temps le temps de faire
son œuvre avant d'entamer l'année suivante, suite à un été où l'on grandit
comme une plante verte! Au cas où les spécialistes de l'enfance remarqueraient
le manque de petites vacances de deux semaines situées toutes les sept
semaines comme c'est le cas aujourd'hui, nous pourrions établir deux périodes
de cinq mois avec des horaires journaliers moins chargés, plus d'après-midi
libres. Mais si cette modification n'a pas encore été faite, c'est qu'elle
n'est pas à notre goût
. Ce
système coûterait-il plus cher à l'état? Il faudrait l'éviter, et c'est
possible à mon avis, l'étude mérite d'être faite.
On affirme que le choix des vacances est d'ordre économique et dépend
du commerce des loisirs. La montagne, dont l'enneigement est imprévisible
pourrait compter sur sa jeune clientèle avec certitude si elle est en
vacances durant un mois d'hiver avec en plus l'étalement des dates que
nous connaissons par région. Les grands voyages dans les pays lointains
pourraient se faire en dehors des saisons des pluies de juillet ou des
saisons trop chaudes, en dehors de la haute saison, à des dates inaccessibles
aujourd'hui, qui ouvriraient de nouvelles perspective pour les agences
de voyage. Il y aurait deux hautes saisons qui se convertiraient en deux
moyennes saisons.
Pour finir cette lettre, il faut que j'ai l'honnêteté de dire qu'elle
est ma principale motivation de changement de société, qui dépend tant
de cette flexibilité de notre liberté de temps et donc du rythme scolaire
de nos enfants. Je voudrais voir naître un corps de Compagnons Jardiniers
qui passeraient au minimum six mois par an dans le Tiers Monde pour ainsi
répondre à deux exigences.
D'une part diminuer le chômage en France. Cela concerne les petits fonctionnaires
qui n'ont pas de responsabilités fondamentales, aux P.T.T, à la Sécurité
Sociale, dans les hôpitaux, dans les petits emplois bancaires, à l'Education.
Ils pourraient, s'ils souhaitaient, s'absenter de leur travail et ainsi
céder leur emploi à un autre pendant leur période de compagnonnage, que
j'imagine dans une structure dont les moyens financiers seraient définis
aux Nations Unies et gérés par un ministère de l'état français.
Et d'autre part, habiter à la limite de l'Afrique sahélienne, en brousse,
pour reverdir une surface de taille modeste qu'ils partageraient avec
les natifs.
Jacques DUMONT
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