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LES NAINS EN PROVENCE,

             Le 1° mars 95, trois petits artistes, nains, ou tout comme, fondent une association culturelle pour le petit peuple des trottoirs des villes de Provence. Pour entrer dans cette association, pas de difficulté, pas de cotisation, il suffit d'être nain en quelque chose, nain mentalement ou physiquement. Cette association récupère tous les contrefaits, Quasimodo, nain-porte-quoi, petits diables de miroirs de vie, tagueurs et farceurs. Tous les nains qui sont sous ou sur leur caillou préféré, comme les skaters, patineurs et rappeurs sur le macadam. Mais aussi contre son gré et à ses dépens, elle doit accepter les skinheads, les fascistes, tous ces hommes qui admirent des géants, se prennent pour des géants et en sont d'autant plus nains.
             Le problème des nains est qu'ils aiment trop les géants. Certains raffolent à l'excès des stars, des célébrités, des politiciens, des hommes forts! Ils peuvent sans aucun esprit critique adopter des géants mal intentionnés, dont l'idéologie flatte des sentiments nains, égoïstes, bas, étroits, des lieux communs réducteurs et dangereux. C'est ainsi qu'au début du siècle, des petites mains ouvrières suivent le géant Lénine et ses promesses des lendemains qui chantent. Ils ne voient ni malice, ni subversion dans l'abolition du droit à la propriété, au commerce, aux professions de l'argent. D'autres se confient au géant Hitler, enthousiasmés par le culte de la race et de la solution finale. Tous ont idolâtré leur géant, ils l'ont porté dans le dos comme on porte le Saint dans une procession espagnole. Les nains sont capables de sacrifier leur vie pour un géant.
             Les géants ne se battent que par nains interposés, ils n'en viennent jamais aux mains, ils ont les nains pour cela !
Si nos géants s'aiment, nous nous aimons. Si nos géants sont polis, nous sommes polis. Si nos géants ont des mots, nous nous insultons. A cause d'un mauvais géant les nains sont capables du pire.
             En Provence beaucoup de monde porte aujourd'hui les géants du lepénisme au pinacle de la nation. Le lepénisme en exprimant des lieux communs négatifs a réveillé leur mentalité primitive, archaïque et endormi leur sens critique. S'ils se sentent plus viril et plus fort, leur pensée est maintenant en contradiction avec l'esprit d'universalité du siècle des Lumières, avec la laïcité. Comment leur dire que la préférence nationale n'est pas une pensée française, mais une pensée courte, bornée, naine, diabolique pour notre époque. Pour être pleinement français, il faudrait être universel.
             Les promesses du F.N. sont trop faciles à tenir. Il faut plutôt imaginer la radicalisation de nos relations entre francophones du Nord et du Sud, le danger de conflits fratricides, la guerre civile. Notre armée n'en sortirait pas indemne. C'est une géante dont le talon d'Achille serait dangereusement exposé à découvert dans une telle situation. Une guerre froide avec les pays du sud serait autrement torride et plus grave qu'avec l'URSS.
             Heureusement à MARIGNANE, TOULON, ORANGE et VITROLLES, tous les personnages de la Commédia dell'Arte des nains, Arlequin, Colombine, Pantalone et Matamore sont réunis pour une farce provençale qui nous espérons sera providentielle pour le monde. Elle doit de nouveau nous guérir du fascisme et faire sauter les verrous qui bloquent le progrès de l'humanité. Cette comédie n'est pas écrite, elle est faite d'événements méridionaux à venir. Nous comptons sur le diable, le Matamore qui porte pierre à son insu à la construction de l'arche de l'Alliance avec le nouveau monde, le Tiers Monde, le troisième monde.
             Notre association avait souhaité faire dans l'événementiel. Dès sa création, en mars 95, elle fut servie. Un géant imprévu apparu sur les affiches de Vitrolles, c'était un politicien très connu démarrant sa campagne avec une idéologie naine pour créer la zizanie entre les nains de la ville.
             Le danger d'une guerre de nains avait commencé. Nous avions déjà été alertés le 1° novembre 94, jour de la Toussaint sur une guerre de nains en Allemagne. Toutes les chaînes françaises de télévision nous informaient d'un conflit commercial entre des nains de l'Allemagne de l'Ouest et de l'Est. Des nains pornographiques avaient été introduits sur le marché. C'était contraire à la déontologie des fabricants de nains. En 96 nous apprenions encore par la télévision que des nains avaient été enlevés. Un Front de Libération de Nains de Jardin (FLNJ) était né en juin 96 avec une première libération dans la forêt d'Alençon. Une association internationale Suisse de protection de nains proteste contre cette nouvelle criminalité. Elle dit: "les nains sont nés pour vivre dans les jardins".
             La présidence de notre association constituée de nains prudents pour ne pas dire froussards garde l'anonymat et se cache sous son caillou. D'ailleurs, nous sommes tellement petits que nous ne pouvons monter sur notre caillou qu'en esprit, c'est pour cela que nous restons invisible même quand nous sommes de sortie.

NOS GEANTS

             Ils sont assez nombreux et très riches. Les plus importants sont nos dénominateurs communs qui nous dominent, et nous divisent en fractions comme le PGCD des mathématiques. Nous en connaissons sept, ils sont tous dans la cour de la laïcité, aucun ne doit être lésés de notre bonne estime. Ce sont les principaux ministères de notre république. Ils sont complémentaires, et s'ils sont en conflit parmi nous, c'est que nous les opposons pour de fausses raisons morales ou chrétiennes. Ainsi le géant de l'argent est trop montré du doigt, le géant du commerce aussi. Mais le pire pour les nains est de n'avoir qu'un géant qui éliminerait tous les autres, comme c'est le cas dans une dictature.
             Seule la laïcité nous garantit leur présence dans la société, mais l'entente devient difficile quand la croissance n'est plus au rendez-vous. La croissance est une obligation pour la bonne santé des nains. Les nains sont obligés de grandir ! (Lire du même auteur: "Entropie de l'Humanité, Notre Credo, La Croissance")

LES BONS NAINS

             Le nain est capable du meilleur parce qu'il peut être enthousiaste, plein de jeunesse, de folie, de générosité. Un bon nain est heureux quand il arrive sans grand sacrifice à aider plus nain que lui. C'est la condition humaine du nain pour devenir un homme. La condition humaine d'André Malraux pour être plus humain est le dépassement de soi, en humanité par exemple. Ce n'est pas difficile pour un nain ! Dans cette époque postindustrielle, où les technologies modernes ont démobilisé les nains des mines, de la sidérurgie et de l'industrie, un nain désœuvré peut inventer des utopies vertes, rêver de lendemains qui chantent dans les champs pour les plus petits, les Sans Voix du Tiers Monde. Un nain doit pouvoir devenir nain de source, de jardin, et de pépinière pour que tous les enfants soient rassasiés.
             Un nain a le droit d'être naïf. Sa naïveté lui donne une éternelle jeunesse, une grandeur d'âme. Il est bleu d'innocence et de noblesse, vert d'espérance, jaune de joie, rouge de victoire. C'est un strumpf bleu, strumpfant des strumpfs plus strumpf que lui, et parfois strumpfé à ses dépens par ces mêmes strumpfs trop strumpfers. Se relever après avoir été strumpfé rend plus strumpf, plus de noblesse bleue.

NAIN-PORTE-QUOI

"Nain tu portes quoi dans ton dos, quel géant ?"

             Si nous ne portons pas un géant politique du Front National, nous ne faisons pas non plus n'importe quoi. En France beaucoup d'activités sont prohibées, la vente de nourriture familiale, le commerce à la sauvette, les petits boulots de rue, les loteries informelles jouées sur les tirages nationaux. Nous ne faisons pas n'importe quoi, ni ne portons n'importe qui au pinacle.
             Finalement dans notre association, nous nous réjouissons de cette rigueur toute française, car notre projet d'épopée de jardiniers dans le Tiers Monde n'aurait plus de raison d'être. C'est parce que nous ne pouvons pas faire n'importe quel petit boulot précaire et mal payé, que nos nains chômeurs, sortis des mines et de la sidérurgie, sont des nains de jardin en devenir.
             En attendant, il n'y a pas d'autres issues que de les aider dans leur désœuvrement pour qu'ils survivent et ne fassent pas n'importe quoi comme nous le voyons trop dans les pays pauvres et dans certains pays au capitalisme trop libéral.
             Un jour, ils deviendront fonctionnaires européens jardiniers dans le Tiers Monde, dans le sens de la croissance qu'il est temps d'envisager pour notre monde après le développement technologique que nous venons de connaître.

LES NAINS ET L'ARGENT

             Face au monde de l'argent nous sommes plus nains que jamais, nous n'y comprenons rien. Nous devons admettre que c'est un univers hermétique pour nous, faute d'être riche et initié.
             Tout le monde a une personne au-dessus de lui qui lui fait ses comptes et lui rappelle ses avoirs, crédits/débits, ses dettes. Pour la majorité d'entre nous c'est une banque qui comptabilise nos comptes. Mais les comptes des plus riches, d'entités géantes, de nations sont plus pour nous plus des contes que des comptes. Cela vaut mieux ainsi. Malheur à nous quand ces contes de géants deviennent des comptes, puis des décomptes, car les décomptes de nos géants sont aussi les nôtres. Nous réglons toujours la facture des décomptes de nos entités nationales qui font notre grandeur. A la fin du 19° siècle ce fut la Compagnie du Canal de Panama qu'il fallut sauver, aujourd'hui le Crédit Lyonnais.
             Les nains sont fidèles à leurs géants, ils savent qu'il y a danger d'en changer. Ils ont eu pour exemples les révolutions malheureuses de leurs voisins quand ils ont changé de géants. C'est dans l'intérêt des nains que leurs géants soient les plus riches possibles, tellement riches que l'on ne puisse pas calculer leur fortune et que cela soit de vrais contes de fées.
             Nous pouvons imaginer l'économie du monde des géants comme une boite opaque. On nous informe de quelques entrées et sorties, mais l'essentiel nous est caché par un hermétisme inavouable.
             Un nain humble, bon, confiant, sans jalousie se signe d'admiration devant l'argent des autres comme devant une grosse voiture et une belle maison. Il se réjouit des chiffres hallucinants qu'il entend, bien que ces nombres soulignent encore un peu plus sa petitesse. Il imagine avec cet argent la réalisation de beaux jardins, où il pourrait vivre heureux comme un nain de jardin !
             L'enrichissement des géants dépend des lois du capitalisme et du libre échange. Ces lois sont symbolisées par la vigilance de deux agressifs serpents sur le caducée d'Hermès, où l'on peut imaginer de sourdes négociations, des bénéfices occultes, arrosées de pots de vin et de dessous de table. C'est nécessaire aux affaires, sans quoi, il n'y a pas d'affaire à faire et rien à faire. Les lois antitrust interdisent un serpent tout seul sur le caducée. Il faut mieux deux diables, qu'un diable tout seul. Heureusement aussi d'autres géants républicains veillent et imposent des lois sociales appropriées, sans pour autant tordre le cou à ces serpents de diables.
             Si pour certains d'entre nous, ce monde de la finance et du commerce est un mal. C'est un mal nécessaire pour la prospérité en générale. L'expérience marxiste sans commerçant, nous en a fait la démonstration. Quand la roue de la fortune ne tourne plus assez vite, plus rien ne va plus. A part les aborigènes, personne dans le monde ne peut encore se passer de l'argent.
             Pourtant nous avons un préjugé ancien et tenace contre l'argent et son symbole le serpent. Ce sentiment nous le devons à une interprétation négative des évangiles. Le Moyen Age a interdit aux chrétiens les professions de l'argent parce que notre Messie était resté volontairement pauvre parmi les pauvres. Ces métiers de la finance étant indispensables à la bonne marche de la société, le pouvoir et l'église les confient aux étrangers et en particuliers aux Juifs. L'église a certainement tenu le raisonnement simpliste suivant. Si les Juifs n'ont pas reconnu le Christ et son vœu de pauvreté, leur Messie est son contraire, un Messie d'argent. Ils doivent assumer leur erreur et la payer jusqu'à la fin des temps. Nous savons comment.
             La Renaissance revient sur ce manichéisme, mais elle ne gomme pas le préjugé.
             Le marxisme réveille les mêmes sentiments dangereux vis à vis du monde de l'argent. Il baisse le rideau de fer des commerçants et il les chasse du pays. Il fait de sa monnaie une couleuvre qui se croit intelligente et roublarde en ne jouant plus le jeu de la convertibilité avec les autres serpents. Le Rouble se perd à son propre jeu, il n'a pas la vigilance des serpents du commerce sur le caducée d'Hermès, il s'endort pendant 70 ans. La prospérité ne sera jamais au rendez-vous et la roue ailée d'Hermès ne tournera plus que dans le marché noir et le vol des biens de l'état marxiste.
             Nous sommes toujours dans ce même esprit, et nous reprochons toujours aux financiers assimilés à des Juifs de s'enrichir sur notre dos. Nous les accuserons de tous les maux et nous serons encore capables de les persécuter pour cela.
Il y a un dicton qui dit: Le salut du monde passe par le salut des juifs.
             Nous, nains de rien du tout, pensons que le salut du monde passe par le salut des financiers. Pour leur Rédemption aux yeux du monde, nous leur suggérons de faire parmi leurs nombreux loisirs de gens riches des jardins nourriciers dans un lieu en paix, où ils font défauts.
             Pour cela nous espérons qu'un géant très célèbre fasse une première expérience en Amérique ou en Afrique. Il y trouvera bien autant de plaisir que dans les vanités d'aujourd'hui et il aura la reconnaissance de la fête des nains de ces pays. Les journaux à sensations en feront leurs choux gras, une mode nouvelle se lancera dans la jet-société.
             Il suffit qu'un gros mouton fasse quelque chose pour que tous les autres suivent. Cela fera plaisir aussi au Petit Prince de Saint-Exupéry qui juge les moutons ou trop vieux ou trop malades. Il verrait pour la première fois des moutons devenus agneaux du jardin des nains de Dieu.
             Même l'évangile a pensé à eux, il existe la parabole des bons riches. Il est dit que de bons riches seront sauvés.
Bien souvent les riches sont vieux et ils en souffrent, un tel engagement leur redonnera plus de jeunesse psychologique que n'importe quelle autre recette.
             Les médias nous relateront avec beaucoup de photos les rencontres et les fêtes des géants de ce monde dans leurs jardins de nains péruviens, haïtiens, sahéliens.... La salsa nous atteindra encore plus qu'aujourd'hui. Enfin nous connaîtrons la valse péruvienne, la jarana, la pachamanca au creux de la chacra. Trois mots qui n'auront plus de secrets pour nous. La couleuvre de Cuba vient nous chercher.
             Ce sera un bonheur pour toutes les couleuvres d'avoir un jardin personnel! L'heure est au jardin de nains pour les riches de la jet-société, peut-être avant même que des fonctionnaires européens y pensent !

Nain de jardin en devenir depuis la fermeture des mines du Nord de la FRANCE

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